Emploi : le contrat «zéro heure», est-il une solution ?

contrat 0 heureCe modèle de contrat de travail, spécificité britannique, concerne un million de personnes environ au Royaume-Uni. Son fonctionnement ? Les salariés ont signé un contrat de travail avec une entreprise qui les appelle pour les faire travailler uniquement lorsqu’elle en a besoin, et paye ces derniers pour les heures effectuées.

Celui-ci fait bénéficier les entreprises d’une véritable flexibilité, mais est très critiqué par les syndicats, le Parti travailliste et l’opinion publique qui dénoncent son impact sur le marché de l’emploi.

Une précarité qui augmente, des conséquences incertaines, quel est l’impact réel de ce type de contrat ?

Le contrat «zéro heure» engage à la fois l’entreprise et le salarié. L’employeur ne fait travailler le salarié que lorsqu’il en a besoin. Le salarié est assuré sur les heures travaillées, touche le salaire horaire minimum (7.30 euros de l’heure) et a droit à un congé annuel rémunéré.

L’employeur n’a pas l’obligation de donner des heures de travail chaque semaine et le salarié n’est pas tenu d’effectuer les heures demandées s’il n’est pas disponible. L’entreprise n’a pas de délai minimum pour prévenir le salarié. Dans 42% des cas, celui-ci est prévenu 12 heures à l’avance. Et pour 6% d’entre eux, leur(s) heure(s) de travail sont annulée(s) au dernier moment.

En plein essor depuis 2008*, ce contrat est remis à l’ordre du jour lors des élections législatives qui se déroulent en mai en Grande-Bretagne. Bien que permettant de lutter contre le chômage en fournissant plus de flexibilité aux entreprises qui embauchent, son impact fait polémique.

Une précarité qui augmente

Si les entreprises trouvent des avantages indéniables au contrat «zéro heure» (souplesse d’organisation, gestion optimisée du coût du travail) dans un contexte d’austérité économique, son impact sur le marché de l’emploi n’est pas si bénéfique qu’il n’y paraît.

Les salariés ayant recours à ce contrat touchent en moyenne 239 euros par semaines contre 610 euros pour ceux en contrat fixe !

Outre ces différences de salaires, les postes en contrat «zéro heure» sont concernés par une plus grande précarité qui augmente chaque année. En 2008, 19% d’entre eux n’arrivaient pas à trouver un en emploi à plein temps. Ils sont 41% aujourd’hui.

Quelques chiffres en Grande Bretagne

– 13% des employeurs ont recours au contrat «zéro heure», tous secteurs confondus

– Dans les secteurs de l’industrie, de la restauration et de l’immobilier, la proportion monte à 45% !

– Le secteur public aussi est concerné avec un taux de 35% pour l’éducation et de 27% pour la santé…

Le premier employeur en contrat «zéro heure» est McDonald’s, suivi de Sports Direct (vente d’articles sportifs). Même le palais de Buckingham a employé des saisonniers avec ce type de contrat.

Quelles conséquences pour l’avenir ?

Cette tendance ne tend pas à s’inverser. La possibilité pour les entreprises d’organiser le temps de travail de leurs salariés avec autant de flexibilité est très valorisée. Il s’agit, de plus, d’une façon efficace de diminuer leurs coûts.

Cependant, cette stratégie de baisse des coûts par l’utilisation des contrats «zéro heure» est remise en question par certains économistes. Selon Alex Bryson, chercheur et professeur d’économie du travail à l’université LSE de Londres, si ce contrat permet de «faire correspondre le coût du travail à la demande de biens ou de services », il n’est pas assuré qu’il réduise «les coûts de travail unitaires car son impact sur la productivité est incertain».

Par ailleurs, les salariés sont particulièrement en situation d’insécurité. Leur problématique ? Effectuer le plus d’heures possibles, quitte à trouver un second emploi, tout en restant disponible au cas où leur premier employeur les contacte pour travailler. Résultat ? Une situation de sous-emploi. Les plus touchés sont les étudiants, les femmes, les moins de 25 ans et les plus de 65 ans.

Cette absence de visibilité rend l’organisation de la vie quotidienne (garde d’enfants etc.) très compliquée. De plus, certains employeurs prévoient une clause interdisant aux salariés de cumuler un second emploi.

Le Parti travailliste est complètement engagé contre ce contrat, qui serait responsable selon eux, du dérèglement économique et social du pays.

Le contrat «zéro heure» peut être vu comme une façon d’acquérir de l’expérience et de gagner en compétences ou d’avoir un second emploi pour compléter son salaire. C’est également une solution pour les étudiants. Mais il reste beaucoup plus risqué pour les salariés que pour les entreprises.

La fédération des syndicats insiste sur la nécessité de bien préciser les droits et les responsabilités dans le but de limiter les abus et voudrait instaurer une revalorisation de la rémunération horaire pour compenser cette flexibilité, ainsi que l’obligation de ne proposer ces contrats qu’aux personnes le demandant spécifiquement. En attendant, toute abrogation de statut a été écartée par le Gouvernement et aucune avancée n’a été prévue.

* 1.4 millions de salariés seraient concernés, d’après les estimations du Trade Union Congress (TUC), la fédération nationale des syndicats.

Sources :

Les Echos Business ; Le Monde ; Le Monde-emploi

Image : Gaston Lagaffe


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