Charge mentale au travail: la solution, RELATIVISER.

chéreau charge mentaleDe nombreux salariés décrivent aujourd’hui cette charge mentale que leur inflige leur travail, même une fois la porte de l’entreprise franchie.

C’est le dossier laissé en stand-by sur le bureau, le mail auquel on n’a pas répondu, les délais non respectés sur un chantier qui empêchent de se concentrer sur le film que l’on regarde. Difficile de vivre le moment présent; l’esprit vagabonde pour retourner… au bureau ou à l’atelier.

 

« La psychologue Bljuma Zeigarnik est la première à avoir théorisé cette notion de charge mentale« , explique le coach de dirigeants Jean-Louis Muller, auteur du blog « Le management dans tous ses états ». En observant les garçons de café, elle s’est aperçue qu’ils se souvenaient bien de la commande avant qu’elle ne soit délivrée, mais l’oubliaient dès leur mission accomplie. On parle là de ‘l’effet positif de Zeigarnik‘: on mémorise mieux les choses inachevées.

Effet pervers : tant que la mission n’est pas terminée, elle occupe un certain espace dans le cerveau. « On peut le comparer le cerveau à une bande passante, » illustre le consultant, « Il peut emmagasiner et gérer un certain nombre d’informations et de problèmes, mais au-delà d’un certain seuil, cela devient trop lourd. Ca ne passe plus. On peut ressentir une énorme fatigue, avoir l’impression de devenir fou. »

Cette notion a récemment été reprise dans une BD au succès fulgurant. La dessinatrice Emma y décrit l’épuisement des femmes qui estiment tout devoir organiser et planifier pour la bonne marche… du foyer cette fois. Mais les ressemblances avec le monde professionnel sont légion.

« Pourquoi je me prendrais la tête puisqu’il le fait ! »

Si le phénomène n’est pas nouveau, il est de plus en plus diffus dans l’entreprise. Principales victimes : les managers, parfois responsables de ce qui leur arrive. « Parce qu’ils sont (en principe) mieux payés, ils se sentent investis de tout, » sourit le spécialiste, « Tel le géant grec Atlas, ils portent le monde sur leurs épaules… Ils estiment qu’ils doivent pouvoir répondre à tout, ont peur de paraître incompétents. »

Cette conviction de devoir être omniscient provoque une réaction instantanée chez leurs collaborateurs : ils ne réfléchissent plus à ce qu’ils doivent faire, attendent les consignes. « Pourquoi je me prendrais la tête puisque le chef le fait !« , s’est ainsi vu répondre le coach qui interrogeait les ouvriers d’un atelier.

Un problème accentué par les open space où, en prise directe avec son équipe, le chef devient une véritableroue de secours au fil des difficultés qui surgissent. « Des compensations se mettent alors vite en place, » explique Jean-Louis Muller, « Quand on sait que quelqu’un d’autre y pense, on n’y pense plus.« .

Devenu une béquille, le manager entretient souvent le déséquilibre. Incapable de déléguer pleinement comme sa fonction le voudrait, il se retrouve à tout gérer… Et n’a plus le temps d’accomplir sa mission durant la journée. « Cela leur fait une charge mentale énorme« , souligne le coach, pour qui un manager ne doit pas résoudre plus de 49% des problèmes par lui-même.

Une échappatoire à des questions intimes

Dédier pleinement son cerveau au travail est quelque fois aussi une échappatoire à des questions intimes. « J’ai un gamin qui ne va pas bien à la maison. Je préfère me saouler dans le travail. Ces problèmes, je les connais, je sais les résoudre…« , souffle ainsi ce cadre, père d’un jeune garçon autiste. « En province, je vois beaucoup de directeurs d’usine restant au bureau de 7h à 20 heures, alors que rien ne les y oblige« , constate Jean-Louis Muller.

Attention, cependant, à ne pas fustiger outre-mesure cette charge mentale, prévient le coach. « Zeigernik dit bien qu’elle est indispensable pour mémoriser. Comme le stress, elle n’est pas mauvaise en soi, et est même stimulante pour se développer, innover. C’est une façon de faire fonctionner les neurones. » A condition de trouver la voie du milieu, ce qui n’est pas forcément aisé.

Attention aussi aux « pratiques manipulatoires« , relève le coach, « comme dire à un collaborateur qui part en vacances alors qu’il a tout bouclé : il faudra que l’on parle de ça à la rentrée« .

Quand la pression devient trop forte, il convient d’en identifier les causes… Savoir déléguer, vider sa boîte mail avant de quitter le bureau font partie des recettes les plus simples à appliquer. Mais ce n’est pas toujours suffisant. La vie de l’entreprise est aujourd’hui ainsi faite de bouleversements.  « Le secret pour tenir est de les accompagner, en prenant de la distance. Il faut relativiser: il n’y a pas mort d’hommes !« .

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